L’entretien est réalisé le mercredi 13 mai 2026 en visioconférence. D’une durée de 100 minutes, dont la transcription a bénéficié d’une aide logicielle, il vise à recueillir le témoignage essentiel des cofondateurs de la revue ¿ Interrogations ?. Après les vérifications quant au bon fonctionnement du matériel de chacun et les remerciements préliminaires, l’entretien débute.
Le comité de rédaction a fait le choix de découper le contenu de l’entretien en sections dotées d’un sous-titre et d’effectuer quelques coupes jugées pertinentes, sans modifier le sens des propos des interlocuteurs ni l’ordre des éléments évoqués. Par ailleurs, il s’est permis d’ajouter, à l’occasion, des notes de bas de page afin d’apporter certaines précisions lorsqu’elles lui paraissaient nécessaires. L’ensemble a été soumis à la validation des interviewés.
Interviewés : Pascal Fugier (PF) et Alain Bihr (AB)
Intervieweur : Comité de rédaction (CR)
[CR]
J’envisageais de commencer par le contexte, tout simplement, avec le plus de détails possibles, j’ai envie de dire [rires].
Comment a été créée cette revue ¿ Interrogations ? en 2005 ? Comment a émergé l’idée ? Comment a germé cette idée ? Quels échanges entre vous ?
[PF]
Je peux démarrer et puis Alain va pouvoir compléter, discuter tout ce que j’évoquerai.
Moi, le premier souvenir que j’en ai, c’est un lieu. C’est la bibliothèque de sociologie que j’avais réouverte parce qu’elle était fermée, en fait. Donc, à l’époque, j’étais étudiant master en deuxième année. Et donc, je rouvre la bibliothèque de sociologie de la fac de socio. Et je découvre à cette occasion, puisqu’il y avait plein d’ouvrages de sociologie, je découvre une revue qui s’appelait la revue Utinam, et qui était une revue qui était justement une revue du labo, le LASA. C’était une revue qui avait était fondée par un ancien professeur qui avait quitté l’université, Bruno Péquignot.
[AB]
Et auquel j’ai succédé…
[PF]
Voilà, oui. Et donc, je découvre cette revue, que je trouvais intéressante, et qui avait un impact notamment parce que certains numéros s’appelaient « Des travaux et des jours ». C’est devenu d’ailleurs une des rubriques de la revue ¿ Interrogations ?.
Donc, en tout cas, pour moi, c’est le point de départ, c’est que je découvre que ce département de sociologie avait sa revue. Il y avait donc une activité éditoriale intéressante dedans. Et parmi les raisons de la création de cette revue, c’était un peu l’idée de reprendre quelque chose qui était là, qui n’existait plus, et de le faire renaître, on va dire ça comme ça.
Alors, je me vois encore, dans le deuxième lieu, c’est dans mon appartement, dans lequel j’habitais, rue d’Arènes, à Besançon. Et là, je commence à jeter sur une feuille un peu ma revue idéale. C’est-à-dire, je me disais que ce serait bien d’avoir une revue pluridisciplinaire, parce que je faisais partie des étudiants à qui on reprochait d’être trop psychologue pour les sociologues, ou des psychos me reprochaient d’être trop sociologue, ou trop philosophe. Enfin, ça ne m’allait pas d’être enfermé dans une discipline qui est la sociologie, même si mon parcours était de fait en sociologie. Alors, j’avais un tuteur de mémoire qui s’appelait Alain Bihr, et qui lui-même, je trouve, incarnait assez bien cette ouverture disciplinaire du côté de la philosophie aussi, et de la socio, et d’autres disciplines. Francis Farrugia aussi, à sa façon, incarnait cette pluridisciplinarité. On pouvait faire des exercices à partir d’une citation de Jacques Lacan, à titre d’exemple. Bon, voilà. Il y avait une vraie appétence, de ma part, pour la pluridisciplinarité. Et donc, je commence à jeter comme ça, sur une feuille, un projet de revue. Je pense qu’assez vite, j’avais l’idée d’un dossier thématique, d’une rubrique fiche pédagogique, fiche technique, dans l’idée de faire une revue qui s’adresse aussi à des étudiants, qui pourrait les aider pour un peu clarifier certains concepts, etc. Je commence à lancer ça, et j’en parle à Alain.
Je pense que l’idée était très loin d’être claire à ce moment-là, et je pense que déjà, dans ces premiers échanges avec Alain, ça m’a permis d’y voir quand même un petit peu plus clair sur ce qui pourrait prendre la forme d’une revue. Je crois que j’étais très loin de prendre conscience de tout ce que ça appelait derrière. Il y a plein de choses que je ne savais pas, que je ne maîtrisais pas, un comité de lecture, des choses comme ça.
C’est une anecdote que je dis là, par association d’idées, mais ça a généré, de ma part, des accidents diplomatiques, tellement je ne maîtrisais pas le truc. Alain m’a sauvé la mise, lors du tout premier numéro, où je me rappelle avoir envoyé des articles à faire expertiser à des collègues qu’Alain avait réunis, dont il avait obtenu l’accord, grâce à son réseau, pour faire partie du comité de lecture. Et dans le mail, je mets « Je vous convoque pour expertiser cet article » [rires].
Et il y avait un professeur qui avait réagi d’une façon épidermique, en disant « Non, mais quoi ?! Je suis convoqué pour faire une expertise d’article ? ». C’était simplement lié au fait que je ne maîtrisais tellement pas les codes. Il n’y avait pas de mauvaise intention de ma part. Et Alain m’avait sauvé la mise. Il avait sauvé la mise à la revue, à ce niveau-là. […] C’est une anecdote, mais elle en dit long sur l’écart qu’il y avait peut-être entre moi en tant que porteur d’une idée mais ne maîtrisant pas du tout tout ce que ça implique derrière.
[AB]
[…] Mes premiers souvenirs sont plutôt liés aux démarches que j’entreprends à ce moment-là auprès des collègues pour essayer de les impliquer parce qu’on était quand même partis, Pascal et moi, sur l’idée que ça devait être la revue de la section de socio, même si c’était destiné à dépasser les limites de la section de socio. Il fallait l’ancrer le plus largement possible dans l’équipe des enseignants et des étudiants en socio. Et devoir constater que ça suscitait assez peu d’intérêt. Il y avait, disons, une certaine indifférence teintée d’hostilité même de la part de certains ce qui fait qu’au départ on a été très peu à s’embarquer dans le projet […]. Donc on se retrouve en formation d’unité, et au-delà de la section de socio, on ne réunit personne. Mais enfin là ce n’est pas trop étonnant étant donné quand même l’isolement dans lequel on se trouvait, des cloisonnements qu’il y avait entre disciplines à l’université. Les premiers souvenirs sont en fait postérieurs à ce que Pascal vient de rapporter. […]
[AB, se tournant vers PF] Bon d’une part tu avais tenu la distance en licence, tu avais fait un travail qui était très largement au-delà de ce qui était attendu et exigé d’un étudiant en licence, donc je savais tes capacités. Et donc ça ne m’étonnait pas trop que tu viennes me voir sur ce projet-là. Comme c’est toi qui l’as conçu au départ et qui l’a porté, j’en ai, du tout début, j’en ai très peu de souvenirs. Que tu es venu me voir, que ça m’a paru immédiatement intéressant, j’ai dit allez, je n’ai pas hésité une seconde, on va s’y mettre. Et j’ai essayé immédiatement de contacter les collègues et au-delà, effectivement, parce que j’avais conscience de ce que Pascal n’avait pas nécessairement conscience de toute la logistique que ça impliquait. Il fallait un comité de rédaction bien évidemment, mais aussi un comité de lecture. Et le comité de lecture, il faut qu’il soit un tant soit peu étoffé, donc j’ai épuisé tout mon carnet d’adresses pour essayer de rameuter les gens.
[PF]
Oui, moi je sais que j’ignorais tout, même les mots : le mot comité de rédaction, le mot comité de lecture, c’était quelque chose que… J’étais lecteur d’article…
[AB]
Oui, parce que tu n’avais pas l’expérience de ce que c’est qu’une revue quoi. Alors que moi j’avais… Bon… Avant même d’être universitaire, j’avais traîné mes guêtres dans des comités de rédaction ou des comités de lecture, même des comités de parrainage de revues.
[PF]
Ce que je peux aussi ajouter là-dessus, c’est que je pense que j’ai tiré avantage d’être pas du tout adapté au champ universitaire. Enfin je m’explique. Moi j’avais, je parle un peu en bourdieusien mais je n’avais vraiment pas l’habitus. Mais ça veut dire que… en fait moi, je n’ai jamais raisonné en termes de hiérarchie, en mode je ne suis qu’un étudiant mais enfin ça ne se fait pas, mais t’es fou d’avoir une telle idée, d’avoir de telles prétentions et d’en parler à ton directeur de mémoire etc. Je pense que ça a joué, mine de rien. Je le vois par rapport aux étudiants que j’ai aujourd’hui, et comment il y a une forme, pas de soumission mais en tout cas il y a vraiment cette idée il y a des choses qu’on peut s’autoriser à faire et à penser, ça dépend où on est, quelle est notre place etc. ça ne m’a jamais parcouru, pas une seule seconde je ne voyais pas d’une quelconque façon où était le problème dans le fait qu’un étudiant propose un projet éditorial à un prof. Et puis après, concrètement je me rappelle encore avoir mis sur des portes qu’il y avait autour du LASA, une feuille en disant ben voilà nous avons un projet éditorial… Parce que constatant justement que ça n’attirait pas beaucoup de profs, ça nous a d’autant plus amenés à faire une vraie politique d’ouverture pour ce qui pouvait devenir le premier comité de rédaction, et je me vois encore placarder ce truc-là. Et voilà ce que je veux dire par là, c’est que j’ai sollicité Alain tout de suite, mais il n’y avait pas de ma part un besoin ou une demande que ce soit vraiment lui qui maîtrise tout le truc, qui le reprenne en main en ce sens « il n’y a que toi qui es légitime Alain moi je ne le suis pas je ne suis qu’un étudiant ». Et je pense que Alain a d’autant plus facilité la tâche que lui-même - et c’est ce qui faisait je pense sa singularité - n’avait pas du tout, n’appréhendait pas ça d’une façon vraiment comme ça hiérarchique en mode « mais eh mec, tu n’es qu’étudiant » quoi. Donc lui-même ne m’a jamais donné le sentiment de devoir un peu me remettre dans les normes et c’était plutôt des retours que j’ai vu de la part de doctorants qui ont fait partie du premier comité de rédaction et qui étaient eux-mêmes surpris de la façon dont je m’autorisais certaines choses, alors parfois mal du coup, je ne maîtrisais pas les codes et le langage, la façon de s’adresser à des professeurs pour leur demander une expertise, donc il y avait des faux pas. Mais je pense que cette revue n’aurait jamais peut-être existé si j’étais davantage adapté aux normes du champ. Par chance je n’étais pas très adapté. Je ne sais pas, c’est un point de vue, c’est une hypothèse, je ne sais pas si c’est celle d’Alain.
[AB]
Oui oui je confirme, je confirme bon nombre de tes propositions. Bon, il ne faut jamais oublier que l’université partage avec l’hôpital cette caractéristique commune d’être des institutions d’origine féodale. Et d’avoir gardé une bonne partie de son héritage originel, d’être effectivement très marquée par le mandarinat. Vous avez des titres, vous avez des compétences, ce qui fait que comme Pascal l’a dit, tu n’es autorisé à dire, en tout cas [inaudible] pour un certain nombre, qu’en fonction de ce que la hiérarchie veut bien te reconnaître comme compétence et comme droit. Bon, moi-même j’ai été… Je veux dire, mon parcours a été tel que je ne suis pas passé par ça. Je n’ai pas eu une carrière universitaire standard, je dirais. J’ai passé une thèse sur la base d’un travail qui ne devait pas devenir une thèse. J’avais publié bien avant d’entrer, d’envisager d’entrer à l’université et d’y faire carrière, ce qui m’a d’ailleurs coûté fort cher parce que j’ai bien compris à ce moment-là que je ne possédais pas non plus les codes et que tout ce que j’avais fait et croyais avoir fait de manière à pouvoir favoriser justement mon entrée à l’université, ma carrière universitaire, se retournait contre moi. Justement parce que j’avais fait dans mon coin sans donner allégeance à personne, sans rien devoir à personne, et qui plus est évidemment sur des thématiques et des problématiques qui paraissaient complètement… enfin qui paraissaient d’abord non disciplinaires et qui en plus, idéologiquement, étaient considérées comme étant nulles et non avenues ou même totalement scandaleuses ; comme certains ne me l’ont pas envoyé dire. Donc j’étais parfaitement euh… Il faut quand même voir que – je viens de réaliser ça – je suis passé en l’espace de trois ans du statut de simple professeur certifié de philosophie dans un lycée technique commercial - en moins de trois ans hein, à quelques semaines près - au statut de professeur d’université. Donc ça aurait pu donner la grosse tête hein [rires]. Et comme j’avais des dispositions à cela, j’ai gardé en effet l’habitude de quelqu’un qui se fout de la hiérarchie, qui n’en a rien à foutre, et qui n’en a d’autant moins à foutre que je suis d’emblée au sommet de la hiérarchie, donc je peux encore bien davantage, je dirais, passer outre. Mais j’ai compris très rapidement l’attitude… je me souviens en particulier de l’insistance que j’ai dû mettre auprès de certains collègues qui n’étaient que - de leur point de vue ! - qui n’étaient que maîtres de conférences, pour leur dire on se tutoie, on est collègues, les rangs, les titres n’interviennent pas, on est collègues, on se tutoie, j’ai dû insister, ils ne le faisaient pas spontanément. Bon alors, il y avait une certaine différence d’âge, mais ce n’était pas non plus rédhibitoire, j’étais à peine en début de cinquantaine, enfin donc ce n’était pas non plus le pépé. J’aurais pu être leur père peut-être, mais certainement pas leur grand-père. Enfin donc j’ai bien compris que ça fonctionnait de cette façon.
Ce qui m’importait davantage, c’était la solidité qu’il s’agissait de donner au projet, qui promettait d’être solide au minimum qui était déjà présenté. Et en effet, ce qui m’intéressait surtout dans ce projet-là, c’était que j’étais, je me disais à travers tous les travaux que l’on demande aux étudiants [1], il y a quand même une somme de savoirs qui s’élabore et qui se perd, et c’est bien dommage. Et si on peut récupérer une partie et la faire publier, et donc aussi faire prendre confiance aux étudiants de la possibilité qu’ils ont de publier, et de la nécessité de publier, et que ça c’est vraiment le travail universitaire, que tout le reste c’est secondaire par rapport à ça, c’est au mieux propédeutique par rapport à ça, ben la revue peut avoir un sens.
[CR]
Donc c’est plutôt le fait que les étudiants avaient la possibilité de publier pour cette revue qui était votre motivation Alain ?
[AB]
Oui. Moi c’est clairement… Alors de ce point de vue-là, malheureusement ça a échoué. C’est-à-dire ça a échoué, au-delà des étudiants qu’on est arrivé quand même à impliquer immédiatement dans le comité de rédaction. Parce que le comité de rédaction initial, je n’ai pas fait le compte, mais il doit y avoir légèrement plus d’étudiants que d’enseignants…
[PF]
Ah oui. Oui oui.
[AB]
Donc de ce point de vue-là, ce n’était pas, ce n’était pas perdu. Et petit à petit, au fur et à mesure, la revue a pris de l’âge, a pris de la bouteille, a pris de la renommée aussi, la composition du comité de rédaction s’est modifiée en conséquence, c’est-à-dire qu’on a perdu en étudiants et on a gagné en post-doctorants, en maîtres de conf. etc. Au départ c’était quand même une idée d’associer les étudiants. J’ai fait… J’insistais toujours auprès des étudiants en master, quand on est passé dans le nouveau régime, je disais il faut déposer vos mémoires en bibliothèque, ils vont être archivés, des personnes qui feront des recherches proches pour retrouver cette référence pourront consulter vos travaux tout ça, vous êtes en train de participer à cette grande œuvre collective de l’humanité qu’est l’élaboration du savoir. Pour moi la revue devait être un vecteur de cela.
[PF]
Sur la dimension innovatrice, ça on peut le dire je pense d’une façon assez certaine, ça faisait partie à l’époque des rares revues, très rares revues je pense, qui dans son comité de rédaction comprenaient des doctorants, des étudiants qui étaient même plus représentés en nombre que des anciens chercheurs statutaires, sachant que de ce point de vue-là en plus, une fois que tu enlèves Alain… […] En tout cas, ça c’est innovant de ce point de vue-là, en tout cas je crois, je n’aurai pas d’autres exemples même à donner mais il doit quand même bien en avoir d’autres revues qui ont bien la prétention d’une revue scientifique, c’est-à-dire avec un comité de rédaction, un comité de lecture, expertises, etc. Mais en ayant cette prétention-là, cette finalité-là, qui donne une vraie place d’emblée et un pouvoir potentiellement décisionnaire… Je veux dire, l’idée ce n’était pas de recruter des étudiants pour qu’ils relisent l’article et qu’ils corrigent les fautes, c’est-à-dire c’est donner une réelle place à des étudiants, à des doctorants, doctorantes avec un pouvoir décisionnaire au même titre que les statutaires. C’est-à-dire que dans les décisions qui étaient à prendre - on pourrait même évoquer quelques exemples - mais y compris quand il y avait des décisions où Alain n’était pas favorable, quand bien même, sa voix ne comptait qu’une parmi les autres. Et donc il pouvait y avoir des décisions qui étaient prises notamment parce que du coup les doctorants étaient numériquement finalement au moins aussi importants si ce n’est plus. Un fonctionnement démocratique qui là aussi, je pense, tranche quand même avec d’autres revues qui non seulement ne comprennent pas de doctorant dans leur comité de rédaction, mais à supposer même qu’elles en comprennent ne leur donnent probablement pas le même statut, le même pouvoir potentiellement décisionnaire que d’autres membres, maîtres de conférences, professeurs des universités ou autres.
[CR]
Puisqu’on évoque là le comité de rédaction, comment le tout premier CR (comité de rédaction) s’est-il constitué ? Tu as parlé Pascal tout à l’heure d’affiches qui étaient placardées…
[PF]
Ça je m’en souviens ! Il y a des choses dont je ne me souviens pas, ça je me souviens très bien avoir mis des affiches dans tout l’étage du labo. Je me souviens en avoir parlé avec des personnes que je connaissais déjà, sans avoir forcément des liens d’amitié, mais en tout cas de l’interconnaissance entre étudiants. Voilà plusieurs personnes sont venues à cette réunion. […] Mais voilà par contre, je suis incapable de te dire le moment d’institutionnalisation du comité de rédaction. Je ne sais même pas à quel moment précis il s’est vraiment constitué. Est-ce que c’est lors de la toute première réunion ? Est-ce qu’il y en a eu d’autres ? Je ne m’en souviens pas du tout […]
Je ne sais pas Alain, tu te souviens, est-ce qu’on avait fait plusieurs réunions avant de constituer le comité de rédaction ou est-ce qu’il s’était fait du premier coup dès qu’on avait fait la première réunion d’information ?
[AB]
Écoute, je n’ai pas de souvenir précis, mais je ne pense pas qu’on ait multiplié les réunions, il n’y avait pas lieu de multiplier les réunions. Je pense qu’on a assuré une certaine publicité au projet avec les affiches, en en parlant autour de soi, parce que ça s’est aussi fait par le bouche-à-oreille, et puis on a dû convoquer une réunion en disant « les gens que ça intéresse, on se retrouve tel jour, telle heure, en tel lieu », et on a bien constaté à ce moment-là qui il y avait. Et puis on a dit aux gens « vous êtes partants », et on est parti [rire]. Tout ça s’est fait de manière relativement informelle quand même, c’est-à-dire ça s’est fait de la seule manière que l’on peut prouver qu’un mouvement existe, c’est en marchant, en allant de l’avant, c’est-à-dire que les gens que le projet intéressait étaient présents, et on a dû choisir un premier, enfin un… Le mail que j’ai retrouvé, à partir duquel j’ai pu reconstituer la composition du comité de rédaction, est en fait le mail que Florent Schepens, qui a dû assurer le secrétariat de cette réunion, a envoyé à l’ensemble des membres en question. Et le mail suivant, c’est simplement pour dire qu’à la réunion suivante, on ne s’est retrouvé qu’à deux, Pascal et moi, et que ce n’était pas très sérieux, parce qu’il y avait telle tâche à accomplir, telle tâche, etc. Donc on était déjà embarqué pour… Il est déjà question dans ce mail-là du premier numéro, qui allait sortir en décembre 2005.
[CR]
Et ce mail, Alain, il date de quand ?
[AB]
Il date de… Attends je vais essayer de le retrouver tout en discutant avec vous.
[CR]
Parce que ça permet de dater finalement… […] on pourrait dire, la naissance du comité de rédaction, la naissance de la revue.
[PF]
Ce qu’on peut dire aussi […], c’est que cette revue, elle vient dans un contexte où il y avait d’ores et déjà des tensions au sein du laboratoire et des enseignants-chercheurs, et dont nous, en tant qu’étudiants, on était a minima témoins, voire parfois acteurs, enfin je dirais impliqués. […] Et quand je dis tensions, c’est même un euphémisme, entre certains professeurs ou maîtres de conférences, et que néanmoins, dans son démarrage, cette revue, là où on aurait pu croire, et je pense qu’il y a eu un procès de certains là-dessus, en tout cas il y avait une mauvaise intention de prendre, comme ça venait de Fugier et de surtout Alain Bihr, ça allait devenir la revue d’Alain Bihr, de ses doctorants… Dans les faits, je ne sais pas si certains continuent à avoir ce genre de représentations, mais dans les faits, si on prend le comité de rédaction d’origine, on le voit […], si on raisonne en termes de quels étaient les doctorants et directeurs de thèse respectifs, on voit bien qu’il y avait bien une pluralité qui allait au-delà des tensions réelles qu’il pouvait y avoir entre les directeurs de thèse, entre les profs de la fac, les profs de socio. Je pense que ça, ça peut être évoqué, parce que ça ne va pas de soi, mine de rien, aussi comme élément de…
[AB]
Oui oui, Pascal a raison de… Bon, j’y pensais, mais je ne voulais pas revenir là-dessus, parce que c’est un lourd passif. Il y avait déjà à ce moment-là des tensions, et ça explique pourquoi, en fait, disons pourquoi peu de collègues se sont sentis concernés par le projet. Je pense que pour certains, c’était par hostilité, en effet. Pour d’autres, c’était parce qu’ils n’y croyaient pas, ils ne pensaient pas que ça pouvait avoir un intérêt. Bon, ils s’en sont peut-être mordu les doigts par après, mais ça, c’était leur problème.
Alors, j’ai retrouvé le mail, alors il date du 22… alors attends voir, je vais l’ouvrir. Alors, il date du 23 novembre 2005.
[CR]
Ah oui ? C’est le mois avant la publication du premier numéro, alors ?
[PF]
Ben oui, c’est ça, c’est juste avant la publication du premier, alors ? C’est surprenant. Il y avait forcément eu…
[AB]
Ben, c’est ce que j’ai de plus ancien, moi.
[CR]
Oui, je pense qu’il y avait eu des échanges avant.
[PF]
Ah oui, ça c’est certain, parce que je pense que les échanges ont même eu lieu, je pense, dès le tout début…
[AB]
C’est un mail qui vient de Florent, et c’est là que j’ai retrouvé tous les membres à qui c’était adressé. Donc, il date du 23 novembre [2005] et le mail est le suivant. « En réunion, mardi, il a été décidé que les membres du comité de rédaction devaient, si possible, lire très rapidement les quatre articles ayant reçu des avis d’experts très réservés. […] On voudrait aussi tester l’outil de lecture, le doc ‘grille de lecture’ que je vous ai envoyé il y a quelques jours. […] S’il est possible de critiquer l’outil et de le rendre plus opérationnel. N’hésitez pas à faire des ajouts. Il faudrait que les membres du comité de rédaction fassent un tour sur le site et jettent un œil aux notes de lecture, surtout les miennes et celles de Pascal, les critiquent pour qu’on puisse corriger le tir. A l’avenir, les notes de lecture seront lues avant mise en ligne. »
[PF]
Eh oui, alors, il est pas mal ce mail. Là, on voit vraiment un bel exemple de la dimension très instituante, très projet en marchant quoi. Dans le contexte actuel, vu que je suis aujourd’hui impliqué maintenant dans différentes revues, c’est juste impossible. C’est impensable. On voit vraiment le processus en train de se faire, de se créer, là où on est dans un système a priori qui est ultra normé de partout, on voit que les grilles d’évaluation étaient elles-mêmes en cours de construction, alors qu’on avait déjà reçu des articles. [rires] Ça peut sembler fou ce genre de mails là, complètement décalés.
[CR]
Pour un gros numéro en fait le premier, je regardais là…
[PF]
Le premier numéro, sur l’actualité, il y avait beaucoup de choses. C’était d’ailleurs un thème, un appel à contributions, je trouve, qui était loin d’être comme objet de recherche, comme concept, l’actualité, on commençait par un truc déjà qui n’allait pas de soi. […]
En tout cas, c’est pareil pour compléter, je pense, des choses qu’a dites Alain, c’est que dans ce projet d’une revue qui permettrait de valoriser les travaux des étudiants, je pense que c’est ça qui, concrètement, vient justifier la création d’une des rubriques qui s’appelle « Des travaux et des jours » et qui permettait notamment à des… Alors, pas que à des étudiants, mais c’était quand même la cible prioritaire, c’est-à-dire de mener, de valoriser, de rendre compte de certains résultats de leurs recherches, même si la recherche n’était elle-même pas forcément aboutie. Voilà, et donc c’est une rubrique qui était quand même clairement fléchée en termes de cible, comme publiant, comme auteur, plutôt des doctorants ou des étudiants de master. Et c’est là où c’est effectivement, on peut dire, quand même un peu un échec. C’est une des rubriques qu’on a eu du mal à faire vivre depuis le début, là où on aurait pu penser avoir beaucoup de propositions pour chaque numéro. D’ailleurs, si on refait l’histoire de la revue, c’est une des seules rubriques où parfois il n’y avait qu’un seul article. Et ce n’était pas des articles des étudiants de l’université de Franche-Comté. Donc c’était des articles reçus même par des personnes extérieures. Donc ça a fait un peu des déceptions, en tout cas des choses auxquelles moi je ne m’attendais pas. Je pensais qu’on aurait beaucoup plus de propositions de par justement l’ouverture de ce genre de rubrique, c’est-à-dire on commence à publier sur quelque chose qui n’est même pas abouti en tant que tel. On fait état de… Voilà. Mais ce n’est pas de moi, certains dossiers de la revue Utinam avaient ce nom en fait. Ça s’appelait « Des travaux et des jours ». Parce qu’ils avaient des numéros thématiques, mais ils avaient des numéros qu’on considérerait aujourd’hui comme étant des varias, mais qui s’appelaient « Des travaux et des jours ».
[CR]
Ah oui, c’était le même nom, mais ce n’était pas la même philosophie.
[PF]
C’était un peu dans l’esprit des varias, on va dire.
[AB]
La rubrique varia n’était pas prévue au départ. Elle est apparue par après.
[PF]
Oui, tout à fait.
[AB]
Au début il n’y avait que ces quatre… Alors « Des travaux et des jours », c’est un titre d’un poème d’Hésiode, et je pense qu’il y a une rubrique qui s’appelait Utinam, donc ça reprend une formule qui se trouve, je crois, sur une des ruines romaines, dans le haut de Besançon. Donc c’était évidemment par référence aussi à Hésiode que Bruno Péquignot, qui connaissait quand même ses classiques, avait donné ce nom à la rubrique, qu’on a repris. C’était effectivement un clin d’œil pour montrer la continuité par rapport à…
[CR]
À l’origine.
[PF]
[…] Alors, peut-être ce que je peux rajouter, je ne sais pas si c’est très pertinent, mais il y a quand même des singularités dans ce projet éditorial si on le resitue dans son contexte. De par déjà, sa modalité, c’est-à-dire une revue électronique et uniquement électronique. À l’époque, en 2005, c’était loin d’être dominant. Et d’ailleurs une des raisons… Il y avait pas mal de personnes qui ne croyaient pas au projet, mais il y avait aussi des raisons liées à ça. C’est-à-dire, mais c’est une revue, ce n’est même pas une revue papier, c’est quoi l’intérêt ? C’était quand même une des premières revues, il n’y en avait pas beaucoup à l’époque, qui était exclusivement électronique, enfin voilà numérique plutôt.
Et puis après, l’originalité pour moi, la rubrique comme « Des travaux et des jours », sur des travaux en cours, etc., adressée aussi à un public, pas forcément, notamment des publics type étudiant, doctorant. Mais il y a même d’autres rubriques, si jamais tu regardes les toutes premières notes de lecture qui ont été publiées. Et on peut voir, si on fait l’historique de l’évolution en vingt ans, les notes de lecture d’aujourd’hui sont classiques. C’est-à-dire c’est les ouvrages qui viennent de paraître concrètement, dont elle fait une recension. Mais quand on regarde les premiers numéros d’¿ Interrogations ?, ça peut être des ouvrages très anciens, donc c’était plutôt l’idée de réactualiser. Alain avait par exemple fait des notes de lecture de Max Weber, les vieux, moi j’avais fait une note de lecture des Héritiers de Bourdieu et Passeron. Il y avait même des notes de lecture, de ma part en tout cas je m’en souviens, ce n’était même pas une note d’un ouvrage complet. Il y avait par exemple une note de lecture de la postface de Bourdieu dans l’ouvrage… la postface qu’il a faite du bouquin de Panofsky. Mais ça, c’est des éléments mine de rien qui ne vont pas du tout de soi. Des recensions sur des ouvrages anciens et pas forcément ceux qui viennent de paraître. Et même des recensions sur des… non pas des ouvrages mais même des parties d’ouvrages, ça c’est quand même quelque chose qui n’est pas forcément commun, on va dire. Et les fiches techniques, parce que ça s’appelait fiches techniques, je me demande si vous n’avez pas réintitulé ça en fiches pédagogiques aujourd’hui.
[CR]
Oui oui, fiches pédagogiques, il y a quelques années.
[PF]
Les fiches techniques, c’est pareil ça, dans l’environnement qu’il y avait à l’époque, dans l’offre qu’il y avait à l’époque en termes de revues, il me semble qu’il n’y avait pas forcément ça, c’est-à-dire des petits articles synthétiques qui sont des mises au point conceptuelles ou en termes d’approches, des petits apports modestes, à la fois à des fins pédagogiques mais qui ont une vraie ambition en même temps, de vraiment tirer au clair certains concepts, certains enjeux théoriques ou méthodologiques. Et ça c’est pareil, il me semble que ce genre de rubrique n’était pas chose courante dans des revues.
La pluridisciplinarité, la pluridisciplinarité n’était pas non plus chose courante, même s’il y avait un ancrage dominant en sociologie. On le voit bien encore une fois, il suffit de regarder le titre et les affiliations disciplinaires des auteurs, on voit bien que ça va au-delà de la sociologie. Donc la pluridisciplinarité, des rubriques comme « Des Travaux et Des Jours », « Fiches techniques », « Notes de lecture » qui, il me semble, étaient quand même un peu originales, en tout cas pas forcément les plus proposées comme ça dans toutes les autres revues. Alors « innovation », c’est un mot que je déteste, mais des choses peut-être un peu singulières, je noterais celle-ci, mais peut-être qu’Alain ne partage pas ce point de vue, c’est possible.
[AB]
Si si, il n’y a pas de problème, on est parfaitement raccords là-dessus, il n’y a rien à ajouter, rien à retrancher.
[CR]
C’est ce qui faisait l’ADN de la revue dans ses prémices oui…
Et il est peut-être temps de poser LA question [rires], la grande question : pourquoi ce nom de baptême ? Pourquoi « revue ¿ Interrogations ? » ?
[PF]
Ah ouais ! Je ne sais plus. « Interrogations » existait comme revue il y a très longtemps, je crois qu’Alain va peut-être pouvoir plus en dire que moi. Le nom « Interrogations » existait déjà avant, mais il n’existe plus, c’est pour ça qu’on a pu l’appeler comme ça.
[CR]
Oui je crois que c’est une revue qui a existé oui.
[PF]
Pourquoi on l’a appelée « ¿ Interrogations ? » ? Je crois que la raison pour laquelle il y a la ponctuation en espagnol est probablement liée au fait qu’il y avait justement une revue qui existait, « Interrogations », avant, et que c’était une façon en termes de nom de domaine, je me demande si… Là franchement […], je ne m’en souviens plus trop, c’est fou, je ne sais pas si Alain tu t’en souviens, je ne suis pas capable de dire pourquoi on a appelé ça revue ¿ Interrogations ?.
[AB]
Je ne me souviens plus des raisons pour lesquelles on a pris « Interrogations », tout simplement pour marquer peut-être que c’était une revue qui voulait se singulariser davantage par les problématiques qu’elle aborde quelque part, dans les réponses qu’elle peut éventuellement avancer, mais le double point d’interrogation, c’était effectivement pour éviter toute contestation, enfin tout problème par rapport aux gens qui pouvaient avoir des droits sur les anciennes revues qui étaient appelées « Interrogations ». Il y avait eu dans la presse libertaire au moins deux revues qui s’appelaient « Interrogations » et donc il fallait éviter ça, quoi. Mais qui avaient disparu, mais on ne sait jamais. Donc avec ce subterfuge du double point d’interrogation à la mode espagnole, on pouvait se prémunir de ce côté-là et en même temps c’était une manière de redoubler le caractère d’interrogation qu’on voulait afficher.
[PF]
Ouais le seul élément que je peux dire c’est qu’évidemment l’idée c’était d’avoir un nom de revue qui ne soit pas immédiatement identifiable et du coup enfermée, enfermante, ni dans une discipline ni surtout dans un courant. À l’époque, on avait quand même des revues qui étaient aussi très pancartées, Actes de la recherche en sciences sociales c’est Bourdieu, etc. etc. Donc le terme d’Interrogations est lui, de fait, quelque chose d’extrêmement ouvert, l’enjeu était aussi de ne pas faire une revue d’école, une revue de courant. Il y avait une possibilité d’une multiplicité d’ancrages théoriques. Mais tu vois, je te donne une réponse extrêmement évasive. C’est fou quand même de ne pas se rappeler de ça. Est-ce qu’on a eu plusieurs idées, plusieurs propositions de noms ? Eh bien peut-être [rires], je ne sais pas.
[CR]
Tu avais peut-être jeté le mot directement sur ta première ébauche ?
[PF]
Je ne sais pas. Je ne m’en souviens pas. Vraiment, c’est fou hein, mais je ne m’en souviens pas du tout.
[AB]
Je pense aussi qu’on était relativement indifférents à cela. Le titre était à prendre, il disait assez bien l’appétence qu’on avait pour cette ouverture thématique, problématique, épistémologique. Voilà bon, ce n’était pas plus mal qu’autre chose.
[CR]
Il n’y avait pas d’enjeu important, au fond, quant au titre quoi.
[AB]
Oui, comme on n’avait pas le projet de s’inscrire d’emblée effectivement dans un courant, une école, a fortiori, s’enfermer là-dedans, c’était très bien. Ça passait très bien. Je pense qu’on n’a pas de souvenirs parce que ça ne nous a pas particulièrement préoccupés.
[PF]
Oui oui, je pense que c’est tout à fait ça [rires].
[AB]
Comment l’appeler ? On a dû y réfléchir [rires]. On a dû s’interroger et se dire tiens « Interrogations » c’est pas mal.
[PF]
Je pense que ce que j’ai en tête dans la naissance, c’était plutôt les soucis, les préoccupations très pratiques que supposait la mise en place d’une revue. C’est-à-dire qu’il faut un comité de lecture. Alors là, […] le premier comité de lecture d’origine, c’est exclusivement à ma connaissance des personnes contactées par Alain. Peut-être que, je ne sais pas, mais peut-être qu’il y avait deux, trois ou quatre…
[AB]
Il y avait quand même quelques ressources locales.
[…]
[PF]
Mais c’est pareil, [les] questions sur la vie interne de la revue, comment ça a fonctionné, les principes fondateurs, etc. Ce sont des questions auxquelles je ne peux pas répondre. Enfin ça s’est fait vraiment en faisant. Il y avait vraiment une dimension assez informelle. Alors certes, il y avait des soucis pratiques. Par exemple, qui dit revue en ligne dit site internet, dit compétences pour créer un site. Et c’est là où, si je ne me trompe pas, Dimitri de Vallière, c’était par le biais de Maïté Piva, parce que je pense que c’est elle qui le connaissait. […]
Et donc, c’est comme ça qu’on a un webmaster. Mais ça, je m’en souviens. Ça, c’est des soucis pratiques. C’est-à-dire qu’à un moment donné, il fallait qu’on puisse avoir quelqu’un qui construise un site internet, et qui nous permette de mettre en ligne des choses dedans, et qu’on se forme un minimum pour concrètement mettre techniquement. Donc, c’est pareil, il n’y avait pas de division des tâches très claire et précise sur qui fait quoi.
Je pense, dans mon souvenir, que je faisais beaucoup de choses. Et Alain aussi. Je dirais qu’il n’y avait pas de réunions qui vraiment compartimentaient. C’est venu par la suite, ça. Après, c’est vrai que ça s’est probablement plus clarifié pour vraiment avoir de façon très claire qui coordonne le numéro, qui fait quoi dans toutes les tâches d’un numéro. Mais il me semble qu’à l’époque, on était un peu en mode « il faut qu’ON fasse ça, que l’ON participe… », quoi. La rédaction d’appels à contributions, les expertises d’articles reçus… Je ne crois pas qu’il y avait tout de suite des références, c’est-à-dire en disant les notes de lecture, c’est untel qui s’en occupe. Ça arrivait après, mais je ne crois pas que dans le tout, tout début, je n’en ai pas un souvenir très net pour ma part.
[CR]
Je [Brice] sais que quand je suis arrivé, quand j’ai intégré le comité de rédaction, je me rappelle d’une discussion qu’on avait eue, des mails qu’on avait échangés avec toi, Pascal, par rapport à la direction, entre guillemets, la responsabilité de la mise en ligne en fait, que tu transférais, que tu me transmettais. Et là, tu avais fait des documents à ce moment-là pour me permettre, pour me faciliter la tâche. Donc là à partir de là, effectivement, enfin à partir de là, en tout cas à ce moment-là il y avait des éléments de cadrage. Est-ce qu’ils existaient avant, peut-être un peu avant ? Et puis, cette… Comment dire ? Cette idée, ce fonctionnement en forme de turnover quoi, c’est-à-dire que chacun progressivement prend tel rôle, etc., qui est encore présent dans la revue, c’est quelque chose qui a été décidé d’emblée, qui était important à vos yeux, ou c’est arrivé pareil « en marchant », comme disait Alain tout à l’heure ?
[PF]
Au tout début, est-ce que c’était déjà le cas au moment où on lance le premier numéro ? Je ne suis vraiment pas sûr. Je ne suis pas sûr. Peut-être, mais je ne suis pas sûr. Ce qui me semble plus clair dans ma tête, c’est qu’il me semble qu’Alain et moi, on était quand même beaucoup à l’œuvre dans cette phase-là. Et que nous-mêmes, probablement, on a émis le souhait, voire même, sans dire une injonction, mais en disant, les gars, il va falloir quand même qu’on se partage plus le boulot [rires]. Il va falloir quand même que ce soit un peu plus partagé. Mais tu vois, à quel moment ça s’est vraiment formalisé ? Est-ce que c’était avant le premier numéro ou plutôt après le premier, voire même après le second ?
[CR]
Oui, c’est devenu un principe de réalité face aux tâches à envisager ?
[AB]
Oui j’ai moi-même un souvenir à cet égard-là, je pense qu’on peut raisonnablement fournir l’hypothèse que, comme vient de le dire Brice, ça s’est imposé. C’est-à-dire que s’est imposée la nécessité d’une certaine division du travail pour que l’ensemble des tâches ne reposent pas toujours sur les mêmes. Donc qu’il y ait un responsable par rubrique, qu’il y ait un responsable par numéro, etc. Mais il me semble quand même que de ce point de vue-là aussi, la revue s’est un peu singularisée par le fait qu’il y avait quand même l’idée qu’il fallait que tout le monde s’implique dans… bon, pour faire tourner la boutique. Et c’est là-dessus qu’il y a eu quand même rapidement des problèmes. […]
[PF]
Oui, il y avait des implications, on va dire, avec des degrés divers. C’est-à-dire que d’ailleurs, au moment où on lance la revue, elle ne dispose pas d’une grande notoriété, de fait. Personne ne la connaît, elle n’est pas visible. Donc ça veut dire aussi qu’on avait des rubriques qui… Et ça revenait avant tout au comité de rédaction de les nourrir. Les notes de lecture, les fiches techniques… Si tu regardes encore une fois l’historique de ces rubriques-là, tu verras que dans les tout premiers numéros, c’est essentiellement des contributions des membres même du comité de rédaction. Or, de quels membres il s’agit ? Il s’agit essentiellement, voire quasi exclusivement, d’Alain et de moi. Dans un second ordre, Florent, Florent Schepens. Mais on voit bien que là, c’est un indicateur. On voit bien que dans cette phase-là de développement d’une revue qui débarque dans le champ, ça pouvait être l’objet de certaines tensions en disant « les petits gars, vous pouvez quand même vous-mêmes proposer des recensions d’ouvrages, voire des fiches techniques. Vous donnez des cours, vous êtes en capacité de pouvoir proposer ce genre de trucs. » Moi, je me souviens d’un mail, notamment où je pense que j’étais un peu énervé, ou d’une réunion du comité de rédaction où, je me rappelle, il y avait un écart entre ce que je défendais en disant « tout le monde peut le faire, allez-y ». Et puis, de l’autre côté, c’était « attends, qu’est-ce que tu crois ? On n’a pas le temps ». Bon, voilà il y avait des choses comme ça. Et là, il y avait des écarts d’implication quand même parfois assez nets.
Après, moi, je sais qu’une des grandes tensions que j’ai en tête, en souvenir, c’est la question du périmètre HCERES, enfin des revues AERES, qui est devenue HCERES. Donc, la reconnaissance de la revue dans un périmètre de scientificité qui était un principe avec lequel j’étais en total désaccord de par la dimension à la fois discriminatoire que ça génère entre des revues qui seraient supposées… dont on aurait besoin d’avoir une autorité externe pour considérer si elle est effectivement scientifique ou pas, basée sur des normes que je ne partageais pas en plus. Les critères même de cette fameuse agence d’évaluation. Enfin voilà, là, il y avait un désaccord profond au sein du comité de rédaction parce que, notamment pour la dimension pluridisciplinaire, en disant ben ¿ Interrogations ? est pluridisciplinaire, si on obtient la reconnaissance dans telle discipline CNU, au détriment potentiellement des autres… Mais là, il y avait des engueulades, on s’est frité hein ! Parce qu’il y avait des enjeux aussi, si tu veux que des gens publient dans notre revue, il faut que la revue soit qualifiante et donc que ce soit des articles qui, dans les dossiers CNU, Maître de Conf, disposent d’une reconnaissance d’un périmètre de scientificité établi par l’HCERES.
Et ça, je ne sais pas si tu t’en souviens Alain, mais on était vraiment dans des positions très opposées au sein du comité de rédaction sur ça.
[AB]
Entre toi et moi ?
[PF]
Non, entre nous deux et les autres [2] [rires].
[AB]
Ah oui, dans le cadre du comité de rédaction, oui, oui, d’accord. Oui, oui.
Tout en t’écoutant, j’ai l’entièreté des archives à ce sujet, des échanges qui ont…
Je vois même qu’il y a eu, que la chose nous a occupés à différentes dates hein.
[CR]
Et au bilan, la revue n’a finalement jamais plié puisqu’aujourd’hui encore on n’obéit pas à ce type de critères. Alors la revue est qualifiée, enfin elle fait partie de la liste…
[PF]
Elle est quand même qualifiée, elle est en sciences info-comm.
[CR]
Voilà, mais ça n’a jamais été recherché en tant que tel, tu vois. On n’a jamais tenté de répondre aux critères de cette section. Il se trouve qu’effectivement elle fait partie de cette liste-là [3]. Mais je crois qu’il subsiste beaucoup de l’esprit que vous avez insufflé à cette revue encore aujourd’hui. Quelquefois, on a pu discuter de répondre à un cahier des charges de la plateforme Open Edition pour simplifier les choses, simplifier la technique on va dire. Avoir une place sur leur grand portail, etc. Au final, on s’y est toujours refusé. Pour garder l’indépendance de cette revue et garder ces spécificités qui font son identité finalement depuis le début, depuis 2005.
[CR]
On a évoqué ce comité de rédaction et cette revue qui se structurait autour du département de sociologie de Besançon, à quel moment et comment petit à petit d’autres chercheurs, d’autres composantes, d’autres facs, d’autres labos de recherche à Besançon et puis progressivement dans d’autres régions, au niveau national, etc., sont venus se greffer à ce projet-là ? Vous avez en tête la manière dont cela s’est fait ou toujours « en marchant » ?
[AB]
Je pense que ça s’est fait assez naturellement au fur et à mesure où la revue d’abord s’est enracinée, c’est-à-dire a duré, ce qui, je pense, au départ n’était pas évident, sauf pour nous. C’est-à-dire… Sauf pour nous, on était si peu conscients du problème qu’on ne se doutait pas qu’on était parti pour l’éternité, et qu’elle a gagné en renommée. Donc on a vu arriver des gens qui nous ont demandé très humblement s’ils pouvaient en être. Et on les a […] très volontiers accueillis parce que [rires] on ne demandait pas mieux quoi, que de s’étoffer, que de s’enrichir de la force d’autres, etc.
[PF]
Oui oui, tout à fait. Je pense que l’élargissement du comité de rédaction s’est fait de cette façon-là. Il s’est fait d’autres façons aussi, c’est-à-dire qu’il y a des… […] Il y a ça aussi je pense pour certains d’avoir d’abord été contributeurs en fait et puis après de passer de l’autre côté. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde.
Je pense qu’il y a des logiques un peu de cooptation aussi mine de rien dans les nouveaux… dans l’intégration de certains. C’est-à-dire ils étaient en lien avec un des membres, il y avait un lien quand même, ils n’étaient pas totalement inconnus au bataillon, il y avait quelque chose comme ça. Ben par exemple le LASA, il y a eu la naissance d’un autre laboratoire, dû notamment précisément au conflit, donc avec la création du C3S |…] qui crée un autre lieu institutionnel enfin voilà, il y a les STAPS quoi, et donc là ça a eu un effet quand même dans la composition du comité de rédaction mine de rien. C’est voilà je pense qu’il y a plusieurs facteurs, il y a plusieurs éléments qui rentrent dans la recomposition du comité de rédaction.
[CR]
Oui, il n’y a pas une manière de recruter quoi.
[PF]
Non
[CR]
Est-ce que vous voulez ajouter des éléments qu’on aurait pu omettre ?
[AB]
Tout en vous écoutant, je parcourais les multiples documents d’archives que j’ai, j’ai retrouvé le brouillon d’une réponse qu’on a faite à un [sociologue], qui nous avait…
[PF]
Ah oui tu t’en souviens ?
[AB]
…qui nous avait demandé…
[PF]
Droit de réponse !
[AB]
Un droit de réponse à la suite d’un article […] que l’on avait publié et dans lequel il s’estimait mis en cause. Donc c’est assez piquant [rires].
[PF]
Oui mais ça je m’en souviens très bien. Troisième numéro de la revue ¿ Interrogations ?, publication de l’article sur un thème, le thème de l’individualité si je me souviens bien, la construction de l’individu ou l’individualité un truc comme ça, et quelques mois après je reçois un mail de, on reçoit un mail de [ce sociologue reconnu] [rires] – parce que quand même on ne s’y attend pas quoi – et qui exige un droit de réponse, qu’il n’a jamais eu. On a tenu notre position. Je me rappelle très bien c’était ou toi ou moi qui lui avais répondu en disant par contre on…
[AB]
J’ai le brouillon, j’ai le brouillon de la lettre hein.
[PF]
On lui propose de publier un article, de proposer un article par contre.
[AB]
[…] On lui dit en effet « la législation et la jurisprudence relative à la presse n’autorisent une personne à demander un droit de réponse qu’à la suite de la publication d’éléments la mettant gravement en cause et attentatoire à sa dignité. Il est manifeste que la critique à laquelle se livre [l’auteur] de vos positions théoriques, parmi d’autres, ne saurait constituer ni dans son fond ni dans sa forme une telle mise en cause. Elle s’en tient strictement aux normes en usage dans les revues académiques. Par ailleurs, vous n’êtes pas sans savoir qu’il n’est pas d’usage dans de telles revues de faire se répondre directement des auteurs sous le prétexte que l’un ne partage pas les orientations ou opinions de l’autre. Une revue académique n’est pas un forum. Par contre, la revue ¿ Interrogations ? accueillera très volontiers tout article que vous pourriez lui proposer dès lors qu’il satisfera aux différentes conditions auxquelles nous examinons tous les articles sans exception : réponse à l’appel à contributions, double lecture par les membres du comité de rédaction, suivie de la double expertise de l’article rendu anonyme. » On n’a jamais eu de réponse [et ce sociologue] a dû considérer qu’on le prenait de haut.
[…]
[PF]
C’est vrai que c’est un bon exemple que tu reprends parce que ça vient poser aussi la question de l’éthique, la droiture et l’éthique du comité de rédaction à l’époque, parce qu’on aurait très bien pu, face à la personne en question, c’est-à-dire qu’on parle […] d’une figure de proue de la sociologie française. Certains comités de rédaction ne se seraient pas autorisés une telle réponse. Et ça je m’en souviens très bien, je me souviens des échanges qu’on avait eus là-dessus, sur ce qu’on dit dans le mail justement, quels arguments on met en avant, etc. Ça en dit long aussi sur le fonctionnement démocratique, parce que ce genre de choses était encore une fois débattue à l’échelle de tout le comité de rédaction. Ce n’était pas juste Alain Bihr ou Pascal Fugier…
[AB]
La question est de savoir… si on s’amuse à commencer à faire des exceptions pour les uns et pour les autres, on y perd complètement en autonomie et en crédibilité. Il y allait de notre crédit après…
[PF]
Je peux peut-être juste là, pour reprendre juste un tout petit élément sur l’élargissement du comité de rédaction. Ce dont je me souviens bien, c’est qu’il y avait le constat quand même qu’il y avait une limite dans la composition qu’on avait à l’époque du comité de rédaction, c’est qu’il était trop sociologique. Il y avait un écart entre l’ouverture pluridisciplinaire de la revue ¿ Interrogations ? et l’ancrage disciplinaire de la majorité de ses membres qui étaient donc en sociologie. Et donc, s’il s’agissait d’élargir, priorité était donnée notamment à un élargissement vers d’autres disciplines. Et on le voit d’ailleurs dans l’évolution du comité de rédaction que l’apport de nouveaux membres a été quand même essentiellement des apports de personnes qui étaient dans d’autres disciplines que la sociologie. Après, il y a quand même aussi l’intégration d’autres sociologues, mais qui était plutôt liée au départ de membres du comité de rédaction qui étaient en sociologie. Et donc ça, de fait, la revue étant née d’un étudiant, d’un professeur des universités en sociologie au sein du LASA, donc voilà ce n’était pas illogique qu’au démarrage, il y avait avant tout des sociologues. Et aujourd’hui on le voit avec ceux qui sont plutôt en info-com par exemple, ça a plutôt bien pris à ce niveau-là. Donc voilà, c’est juste une petite précision là-dessus.
[PF]
C’est une revue… en tout cas elle a 20 ans, c’est ça qui est fou. Je pense qu’il y en a peu qui auraient misé là-dessus, même moi de mon côté. Mais je pense que ce n’était pas une de mes préoccupations de savoir si on allait durer ou pas. Je pense qu’une des choses dont on peut être contents, Alain et moi, on verra s’il partage ce point de vue, mais ça c’est une des choses dont je suis moi très satisfait, c’est que cette revue a survécu - et comment ! - à ses fondateurs, à ses deux co-fondateurs. Et je ne me suis jamais préoccupé depuis que j’en suis parti, je crois, jamais intervenu d’une quelconque façon, en mode « ceci était à moi, il faut que ça reste ce que moi je voulais que ce soit ». Et ça, pour le coup, j’en suis même, je peux presque dire, fier.
Je l’ai quittée, Alain l’a quittée, mais cette revue elle est toujours là. Il semble quand même qu’elle soit très clairement identifiée, parce que je ne suis plus en sociologie aujourd’hui, je suis en sciences de l’éducation. Même en sciences de l’éducation, la revue ¿ Interrogations ? existe quoi, elle est identifiée. Et ça a dû m’arriver une fois comme ça de dire « mais tu sais, cette revue, en fait, je fais partie un peu de ses fondations ». « Ah bon ? La revue ¿ Interrogations ?, c’est notamment toi ? » Mais ce qu’ils retiennent surtout, c’est qu’elle est donc connue, cette revue, aujourd’hui. Elle est connue. Et je trouve ça cool, moi, qu’elle soit connue, et notamment après notre départ, Alain et moi. Parce que… Enfin je ne sais pas Alain si c’est aussi la fierté ou en tout cas la satisfaction que tu en as, c’est qu’elle t’ait survécu, et de loin, à ton départ ?
[AB]
Je te suis complètement. Et puis je dirais qu’elle a trouvé en fait à se renouveler tout en conservant une certaine identité. Elle est clairement différente de ce qu’elle était à l’époque où tu étais là, à l’époque où j’étais encore là, etc. Elle est devenue autre, et pourtant, elle a toujours été… comment… [… Quelque chose de ses origines continue à la marquer. C’est bien.
[CR]
Oui, il y a des principes fondateurs qui permettent sa force et son identité. En tout cas, vous avez su magistralement passer le flambeau.
[…]
[AB]
Est-ce que vous comptez organiser une fête, une réception, un gala ? [rires]
[CR]
Ça aurait été génial, mais il faut dire une chose, c’est qu’on se voit très peu, je veux dire en présentiel. L’ouverture du CR à d’autres villes, etc., enfin à d’autres entités dans d’autres villes, fait aussi que ça devient difficile de se retrouver. On l’a fait il y a quelques années encore, sur Besançon, on arrivait à se retrouver. Et on est trois messins quand même dans, finalement, dans le CR.
[PF]
C’est l’évolution de la revue. Nous, on était tous des locaux, entre guillemets, au début.
[AB]
Je crois que là, ça a complètement changé, c’est sûr. C’est-à-dire que c’est en même temps la dynamique de la numérisation qui a gagné. C’est-à-dire qu’au début, il y avait une revue numérique, mais le numérique était tourné vers l’extérieur et il a fini par phagocyter l’intérieur. A la limite, on peut construire aujourd’hui une revue dont les 20 membres du comité de rédaction vivent à 20 endroits différents sur la planète.
[CR]
Oui, et puis je pense qu’il y a l’effet Covid qui nous a fait apprendre à utiliser les outils visio et au final, on y est resté.
[AB]
Oui oui absolument. Et ce n’est pas plus mal parce que le temps qu’on passait quelques fois en déplacement pour deux heures de conf’. Bon évidemment, ça ne remplace pas le contact direct, le face-à-face, tout le off qu’il peut y avoir à une rencontre se perd. Et il se passe des choses très importantes dans cet off.
[…]
[CR]
Le CR se rénove.
[PF]
Non, mais c’est plutôt une bonne nouvelle. C’est même très bien. C’est top !
[CR]
Comme au début de la revue, « tout en marchant » !
[…]
L’entretien s’achève avec les sincères remerciements adressés par le comité de rédaction aux deux cofondateurs de la revue, qui ont accepté de se prêter à cet entretien à trois voix et d’y consacrer du temps, ainsi que sur ceux exprimés par les interviewés au comité de rédaction pour les avoir sollicités.
[1] Dans l’ensemble de cette retranscription, le terme étudiant.e.s ne renvoie pas toujours au même public universitaire. Ainsi, de manière générale, lorsqu’il s’agit d’offrir aux étudiant.e.s un espace de publication dans la revue, il faut comprendre par « étudiant.e.s » l’ensemble des masterant.e.s et doctorant.e.s désireux.se.s de publier dans une revue scientifique. Quand il est question de la composition du comité de rédaction, les étudiant.e.s mentionné.e.s sont des doctorant.e.s (hormis le cofondateur Pascal Fugier qui est en Master 2 lors de la création du premier comité de rédaction).
[2] Notons toutefois que le CR a constamment tenu cette position parce qu’elle a toujours été défendue par la majorité de ses membres.
[3] L’inscription d’¿ Interrogations ? sur la liste des revues qualifiantes en SIC a été proposée à la revue qui l’a acceptée sans modifier son fonctionnement et notamment en maintenant son ouverture pluridisciplinaire. Cette inscription peut ainsi bénéficier aux auteurs.rices se revendiquant des SIC, sans pour autant pénaliser les auteurs.rices se revendiquant d’autres disciplines.
Comité de rédaction, « Faire « en marchant ». Entretien avec Alain BIHR et Pascal FUGIER, cofondateurs de la revue ¿ Interrogations ? », dans revue ¿ Interrogations ?, N°42. 20 ans d’Interrogations , juin 2026 [en ligne], https://revue-interrogations.org/Faire-en-marchant-Entretien-avec (Consulté le 19 juin 2026).