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Lapeyroux Natacha

Représentations télévisuelles de « l’idéal féminin » au sein des retransmissions de compétitions de la gymnastique artistique en France

 




 Résumé

Les femmes s’investissent plus dans des disciplines dites « gracieuses » telles que la gymnastique au détriment des sports dits « virils ». Ce constat semble être le fait d’une incorporation des normes sociales historiquement construites qui prescrivent des représentations hégémoniques de ce que serait un sport dit « féminin » (Louveau, 1998). Encore aujourd’hui, une image idéalisée de « la » gymnaste la dépeint comme une sportive fine, gracieuse, légère et souriante (Louveau, 1998). Cet article propose d’analyser les représentations de « l’idéal féminin » qui circulent au sein des représentations télévisuelles de la gymnastique artistique à partir d’une analyse socio-sémiotique des retransmissions de compétitions (Lochard, 2010) des finales des championnats du monde et des Jeux olympiques diffusées en France entre 2005 et 2015.

Mots-clés : Gymnastique – études genre - représentations – télévision – sport.

 Summary

Women are more involved in ’graceful’ disciplines such as gymnastics at the expense of co-called “manly” sports. This observation seems to be the result of an incorporation of historically constructed social norms that prescribe hegemonic representations of what a so-called ’female’ sport would be (Louveau, 1998). Even today, an idealized image of ’the’ gymnast portrays her as a graceful, slender, and smiling athlete (Louveau, 1998). This article proposes to analyze the representations of the ’feminine ideal’ that circulate in televisual representations of artistic gymnastics from a socio-semiotic analysis (Lochard, 2010) of the TV broadcastings of the World Championships and the Olympic Games finals, in France between 2005 and 2015.

Keywords : Gymnastic - Gender Studies – representations – television – sport.

 La gymnastique : un sport « féminin » ?

De la fin du XVIIIe siècle à la première partie du XXe siècle, la gymnastique se confondait avec l’éducation physique et se trouvait à la confluence de plusieurs influences [1]. La gymnastique moderne [2] s’est développée en Europe en réaction à des préoccupations à la fois eugéniques (nécessité de régénérer la race française), militaires (préparation à la guerre et réforme du service militaire), industrielles (perfectionner le rendement mécanique des ouvriers), scientifiques (développer des recherches sur les aptitudes physiques) et éducatives (l’école lui accorde une valeur d’usage pédagogique) (Arnaud, 1991). Parmi ces différentes influences, une distribution genrée de la gymnastique s’est fondée sur les dissemblances biologiques entre les « deux » sexes (Louveau, 1998). D’un côté, la gymnastique avait pour le sexe dit « fort » une valeur éducative dont l’objectif était de canaliser les turbulences liées à l’adolescence (Froissart, 2013) par l’incorporation de la maîtrise de soi (Dunning, Elias, 1994 [1986]) et devait former une « masculinité virile » capable d’affronter les situations de rivalité afin de servir la nation dans une finalité patriotique (Froissart, 2013). De l’autre, les médecins ont vu chez le sexe dit « faible », « un handicap  » corporel, un déficit physiologique naturel (Louveau, 1998) qui s’est fondé sur le mythe de la fragilité « féminine » (Theberge, 1989) et sur les spécificités du corps des femmes liées à la procréation (Hargreaves, 1994). La gymnastique a été adaptée à la nature supposée « sensible » des femmes qui devaient se servir avec aisance, souplesse, adresse et harmonie des muscles de leur corps afin de ne pas compromettre une éventuelle maternité par des exercices inadaptés (Froissart, 2013).

La gymnastique artistique quant à elle, est née au début du XIXe siècle dans le but de différencier la gymnastique de loisir de celle pratiquée par les militaires. La gymnastique artistique est une discipline athlétique consistant à enchaîner des mouvements acrobatiques sur des agrès [3], contrairement à la gymnastique rythmique qui se pratique en musique à l’aide d’engins [4]. La gymnastique artistique (GA) est une discipline déclinée en une version dite « masculine » (GAM) et une version dite « féminine » (GAF). Dès les premiers Jeux olympiques modernes en 1896, la gymnastique artistique des hommes fut au programme. Les femmes, quant à elles, firent leur première apparition aux Jeux olympiques d’Amsterdam en 1928 avec une épreuve par équipe [5] et aux Championnats du monde en 1934. Ce n’est cependant qu’après la Seconde Guerre mondiale que la gymnastique des femmes prit pleinement son essor (Charales, Siskova, 1985). Jusqu’à la fin des années 1960, la gymnastique artistique pratiquée par les femmes se caractérisait surtout par des exercices de ballet effectués avec grâce, douceur et expressivité (Barker-Ruchti, 2009). À partir des années 1970, les corps des gymnastes ont radicalement changé, ainsi que leurs performances sportives. De jeunes gymnastes n’étant pas encore complètement sexuellement développées ont commencé à exécuter des acrobaties. Les notes parfaites de 10 obtenues par Nadia Comaneci et Nellie Kim aux Jeux de Montréal en 1976 à l’âge de 14 ans marquèrent l’ère des jeunes championnes formées à la gymnastique de haut niveau dès l’enfance. De nos jours, les gymnastes doivent être âgé-e-s de 16 ans minimum pour participer à une compétition olympique, c’est-à-dire à un moment plus avancé de leur adolescence. De plus, les représentations de la gymnaste contemporaine sont désormais en tension entre « l’idéal féminin » de la gymnaste belle, gracieuse et élégante, et une forme de « féminité » plus athlétique qui réalise des acrobaties spectaculaires (Chisholm, 1999).

La gymnastique artistique des femmes se différencie de celle des hommes au niveau des attendus. Sur le site de la Fédération Française de Gymnastique, on peut lire que la gymnastique artistique « permet au gymnaste la pratiquant de développer force, souplesse, grâce, ainsi qu’une très bonne coordination des mouvements [6] » alors que la gymnastique des hommes « est une discipline alliant force, puissance, et agilité [7] ». D’une part, cette division entre la gymnastique des hommes et celle des femmes s’opère au niveau des agrès pratiqués. Les hommes concourent lors des compétitions au cheval d’arçons, aux anneaux, au saut, aux barres parallèles et à la barre fixe ; alors que les femmes s’illustrent au saut, aux barres asymétriques, à la poutre et au sol. D’autre part, « les présentations de soi  » (Goffman, 1973 [1956]) diffèrent également entre les hommes et les femmes. Le code de pointage précise la tenue vestimentaire autorisée en utilisant explicitement les termes de correction et de décence (Papin, 2008). Les compétitrices doivent revêtir un justaucorps qui peut être à manches courtes ou à manche longue alors que les garçons portent une tenue composée d’un léotard [8] et d’un short ou un pantalon. Malgré cette différenciation sexuée, la gymnastique artistique est encore perçue aujourd’hui comme une pratique sportive dite « féminine » en raison du fait qu’elle a été investie très tôt par les femmes (Louveau, 1998) et que celles-ci restent majoritaires à pratiquer ce sport avec 82 % de femmes licenciées en France. A contrario, les femmes s’investissent moins dans des disciplines historiquement associées à une « masculinité virile » comme le football qui compte 8% de licenciées [9].

La gymnastique artistique des femmes s’est distinguée de celle des hommes, en se centrant sur la grâce, l’élégance, la beauté et a été érigée au rang de discipline sportive la mieux adaptée à la création d’une « féminité idéale » (Chisholm, 1999), c’est-à-dire à un modèle de « féminité » hégémonique promu dans le sport à un moment donné de l’histoire (Connell, 1987). En effet, de nos jours, les gymnastes sont considérées comme des modèles de perfection en matière de performativité du corps athlétique « féminin » lorsqu’il s’agit de sport pratiqué par les femmes à haut niveau (Louveau, 1998). Cet article se donne pour objectif d’analyser les représentations de « l’idéal féminin » véhiculées à l’intérieur des retransmissions de compétitions des Championnats du monde et des Jeux olympiques de la gymnastique artistique en France entre 2005 et 2015. Nous nous intéresserons aux normes corporelles physiques (âge, poids, taille) qui circulent dans les représentations télévisuelles de la gymnastique artistique des femmes. Puis, nous nous focaliserons sur les discours portés par les journalistes et consultant·e·s au sujet des qualités morales et athlétiques à avoir lorsque l’on est une gymnaste de haut niveau. Enfin, nous analyserons les normes esthétiques valorisées ou dévaluées par les commentateur·trices.

Politique de représentations des gymnastes à la télévision

Les politiques de représentations à l’intérieur d’une culture ne jouent pas un rôle purement réflexif et rétrospectif, mais en sont constitutives (Hall, 2007). Les représentations médiatiques issues de la culture de masse constituent un corps de symbole, de mythes et d’images concernant la vie pratique et la vie imaginaire, un système de projections et d’identifications spécifiques qui s’adresse à tout le monde. L’identification à un modèle possible proposé par les médias participe à la capacité de création des subjectivités d’un individu qui construit son identité dans un processus, continuel et mouvant, ouvert sur son environnement social. L’individu structure son moi par des échanges identificatoires avec ce qui l’entoure, en intériorisant des images et des modèles (Kaufmann, 2004). Les représentations télévisuelles forment « un ensemble singulier de représentations du monde issu d’un mode spécifique de production et prétendant articuler les dimensions individuelles et collectives, réelles et imaginaires, de l’existence » (Morin, 2008 [1962] : 55) et s’offrent comme une ressource culturelle de masse dans la formation des imaginaires propre à un Esprit du temps (Morin, 2008 [1962]).

Analyser les représentations télévisuelles des gymnastes de haut niveau dans une perspective ouverte par les études de genre permet de rendre compte des traits et comportements dits « féminins » qui sont valorisés à l’intérieur de cette discipline sportive et dont on suppose qu’ils sont érigés en ressources d’identification par les spectateur·trices (Coulomb-Gully, 2009). En effet, le genre en tant que présentation et représentation est aussi le produit de technologies de genre variées comme les discours médiatiques ou institutionnels (De Lauretis, 2008). En analysant les représentations médiatiques, il est possible de mettre au jour les idéologies qui circulent concernant les représentations « d’un idéal féminin » en gymnastique. Or, comme le souligne à juste titre Monique Wittig, il est nécessaire de dissocier « les femmes » et « la » femme, le mythe (Wittig, 2013 [1992]) : « car la femme n’existe pas pour nous, elle n’est autre qu’une formation imaginaire, alors que les femmes sont le produit d’une relation sociale » (Wittig, 2013 [1992] : 52). La lecture idéologique questionne le processus de naturalisation des assignations faites aux femmes, soulignant ainsi qu’il ne s’agit pas d’une donnée naturelle, mais d’un construit social (Biscarrat, 2013). Il s’agira donc ici d’analyser les représentations qui circulaient concernant le mythe de « la femme idéale » au sein des retransmissions de compétitions de la gymnastique artistique.

Socio-sémiotique des représentations genrées du spectacle gymnique des femmes en France

Les retransmissions de compétitions sportives seront envisagées en tant qu’objets sémiotiques constitués d’images et de sons qui font signes aux téléspectateurs (Esquenazi, 2003), des « interfaces signifiantes » situées à l’articulation de l’espace de production et de l’espace de réception (Lochard, Soulages, 1998). Sans dénier les avantages qu’aurait pu procurer une analyse quantitative des signes filmés et discursifs circulant parmi les retransmissions de compétitions, nous réaliserons une analyse qualitative de celles-ci (Lochard, 1998, Macé, 2006), à partir des outils méthodologiques offerts par la socio-sémiotique. La sémiotique propose des outils « pour travailler sur les constructions discursives, iconiques et communicationnelles du genre pris comme objet » (Berthelot-Guiet, Kunert, 2013 : 51). Le terme de genre a pour vocation de distinguer le sexe à caractère biologique du genre qui est une construction sociale et culturelle (Bereni et al., 2008). La sémiotique du genre se donne pour objectif de cerner les éléments systémiques du genre qui se manifestent dans un dispositif de communication particulier (Julliard, 2013), dans notre cas celui des retransmissions de compétitions sportives de la gymnastique. Les retransmissions de compétitions sportives de la gymnastique artistique font appel à un dispositif médiatique (technique et scénique) particulier, sous-tendu par un souci d’encadrement du comportement discursif et communicationnel des protagonistes (Lochard, 2010). Nous analyserons les idéologies qui circulaient concernant « l’idéal féminin » en gymnastique artistique, à partir d’un corpus de retransmissions de compétitions sportives comprenant l’ensemble des finales des Championnats du monde et des Jeux olympiques diffusés en France entre 2005 et 2015 [10]. Nous avons fait le choix de nous focaliser uniquement sur les finales car ce sont les seules étapes des compétitions qui sont systématiquement retransmises à la télévision en France. L’ensemble des finales des différents agrès n’ayant pas toujours lieu le même jour ou au même moment de la journée, notre corpus est composé de 22 retransmissions de compétitions sportives.

Seront analysés les commentaires sportifs des journalistes sportifs et des consultant·e·s qui participent à la construction de l’imaginaire en ajoutant des symboles et des valeurs aux images filmées (Attali, 2010). En effet, les pratiques sportives sont un lieu de pouvoir où s’exercent des contraintes sur les corps, prescrites par des normes sociales régulant les pratiques sportives en fonction des sexes. Le pouvoir disciplinaire (Foucault, 1975) ou système de surveillance moderne est intériorisé au point que chaque individu devient son propre surveillant et est surveillé par l’autre. Ainsi, la surveillance hiérarchique et la sanction normalisatrice (des commentateur·trices notamment) valorisent les conduites normatives et pénalisent les conduites jugées « trop transgressives ». Il s’agira principalement dans le cadre de cet article d’analyser les discours portés par les commentateur·trices au sujet du genre des gymnastes. Dans une perspective féministe Queer, nous mobiliserons le concept de performance de genre de Judith Butler (Butler, 2005) qui désigne les procédés impliquant le corps, la gestuelle, les mots et les façons de se montrer, de représenter et de se représenter (Quemener, 2014). Nous saisirons les stéréotypes ou les innovations transgressives en matière de normes de genre produites ou reproduites par les sportives et les discours portés par les commentateur·trices sur ces performances de genre (Butler, 2005). Nous examinerons également dans quelles mesures les rapports sociaux de sexes [11] structurent les représentations de la gymnastique artistique des femmes et s’ils s’établissent sur un rapport hiérarchique entre le groupe des femmes et celui des hommes (Kergoat, 2004). Dans cette optique, nous extrairons des verbatims des discours des commentateur·trices concernant les performances de genre des gymnastes et les rapports sociaux de sexe à l’intérieur de cette discipline sportive.

 Analyse socio-sémiotique des représentations de « l’idéal féminin » au sein des retransmissions de compétitions sportives de gymnastique artistique

Une jeune femme au physique enfantin 

Hormis une exception, la gymnaste allemande Oksana Chusovitina qui avait plus de 30 ans et qui concourait uniquement au saut de cheval, les retransmissions de compétitions des gymnastes de haut niveau montraient des jeunes femmes dont l’âge oscillait entre 16 et 25 ans. À l’intérieur de cette tranche d’âge, les journalistes et les consultant·e·s ont défini un « âge idéal » qui serait celui de la maturité, lorsque l’on est une gymnaste de haut niveau. Si certaines gymnastes remportaient des médailles dès leurs premières participations aux épreuves des championnats du monde et des Jeux olympiques ─ à l’âge de 16 ans ─ pour autant, les gymnastes âgées de moins de 18 ans ont été dépeintes comme n’étant pas assez matures pour être performantes lors de ces compétitions de haut niveau et feraient l’expérience de la compétition en attendant d’atteindre l’âge de la maturité :

« Une toute jeune gymnaste, 16 ans [12]  », «  Avec comme problématique sa jeunesse, elle n’a pas l’expérience […], c’est beaucoup plus brut de pomme du haut de ses 17 ans [13]  », « 16 ans, c’est sa première grande compétition, si elle n’a pas de problèmes, dans deux ans faudra compter sur elle  », « 16 ans […] il faut qu’elle s’aguerrisse chez les grandes et à deux ans de Rio eh bien c’est pas mal », « Elle est jeune encore, elle a 17 ans et elle est prévue à maturité pour les Jeux évidemment, dans deux ans elle aura 19 ans, elle sera en pleine possession  » [14].

A contrario, les gymnastes qui avaient une vingtaine d’années auraient été en fin de carrière en raison de leur âge « avancé » par rapport aux normes « d’excellence » en gymnastique artistique de haut niveau. Le champ lexical de la vieillesse a été utilisé pour qualifier ces gymnastes de plus de 20 ans : « une des vétérantes [sic] de cette formation britannique [15] », « oui de beaux restes, c’est une vieillarde de 23 ans », « c’est un exploit quand on voit une fille de 23 ans  » [16]. L’âge idéal défini dans les représentations télévisuelles de la gymnastique artistique, celui de l’apogée dans la carrière d’une gymnaste de haut niveau, se situerait donc entre 18 et 19 ans, deux années après l’entrée des gymnastes de haut niveau en compétition [17] et une année avant que celles-ci atteignent la vingtaine :

« Une grande dame de la gym : 18 ans  », «  Si on peut dire, c’est sûr que les carrières des gymnastes féminines sont très très courtes  » [18], «  Énorme expérience à cet appareil, championne olympique […] c’est une demoiselle d’expérience, elle a 19 ans et demi Alicia Sacramone [19] ».

Par ailleurs, l’entraînement intensif bloque la croissance de la plupart des gymnastes qui conservent un physique enfantin même à l’âge adulte (Détrez, 2002). Si l’âge idéal défini au sein des retransmissions de compétitions sportives correspond à l’âge d’une femme et non d’une fille, les gymnastes les plus âgées, dont le physique se démarquait des autres concurrentes sur les images filmées, en raison de leur morphologie « d’adulte » (taille et poids) ont été stigmatisées (Goffman, 1975 [1963]) par les commentateur·trices qui ont pointé leur transgression par rapport aux normes corporelles en gymnastique artistique :

« 20 ans, 1m65, 53 kilos, c’est presque le double du poids de Luikin [20] » « 1m65, elle aussi est très grande en tout cas pour ce qui est des standards de la gymnastique [21] », « Une gymnaste très longiligne une des plus grandes du circuit 1m65 [22] », « La vétérante [sic] du podium aujourd’hui, on le voit, ce n’est pas du tout la même morphologie que ses concurrentes directes [23] ».

Ce gabarit « hors-norme » dans le monde de la gymnastique artistique de haut niveau a été décrit comme étant désavantageux pour les performances sportives des gymnastes :

« Elle est un peu grande […] ce qui lui pose problème apparemment [24] », « Une grande et belle gymnaste, elle n’a pas forcément le gabarit et ce qu’il faut pour réussir une finale à l’appareil [25] ».

En parallèle, les gymnastes les plus petites (moins de 1m50) et menues (moins de 35 kilos) ont été valorisées et leur physique enfantin fut présenté comme un atout pour remporter les compétitions de haut niveau :

« Un tout petit bout de bonne femme […] je ne connais pas son poids exact, mais c’est aux alentours de 30 kilos [26] », « compte tenu de sa petite taille, de sa faible corpulence, elle a plus de facilité à évoluer sur cette poutre. On le remarque, énormément de vivacité, de rythme », « 1m47, 33 kilos, un tout petit gabarit  » [27], « 1m42, 35 kilos, c’est une petite puce [28] », « C’est la brindille de cette finale 32 kilos pour cette demoiselle [29] », « Donc le titre mondial pour ce petit bout de dame dont on n’a pas fini d’entendre parler [30] ».

La gymnaste idéale a donc été définie comme une jeune femme âgée de 18 à 19 ans qui aurait conservé un physique enfantin (1m45 pour 35 kilos). Au-delà de définir des normes corporelles idéales (âge, taille, poids), les retransmissions de compétitions sportives ont également véhiculé des représentations genrées au sujet des qualités mentales et athlétiques gymnastes.

Compétitive mais solidaire avant tout : acrobatique mais moins que les garçons

Les gymnastes ont été décrites en tant qu’athlètes compétitives souhaitant atteindre la première marche du podium. La gymnaste « idéale » a été décrite en tant que jeune femme déterminée, battante et à la recherche du mouvement parfait :

« De l’ambition  », « Faut être compétitif, on vise la médaille et pourquoi pas l’or  », « Qui va au combat  » [31], « Recherche de la perfection [32] », « Elle s’impose  », « Beaucoup de détermination  » [33], « A beaucoup de caractère [34] », « Chercher chaque dixième », « On a un duel de lionnes, on est dans une arène ici », « elle ne lâche rien, elle mange tout, elle croque  » [35].

Afin d’atteindre cet objectif, les gymnastes seraient capables de maîtriser leurs émotions durant les compétitions : « aucune hésitation, aucun tremblement [36]  », « elle n’a absolument pas tremblé malgré la pression [37] », « elle fait preuve de beaucoup de sang-froid [38] ». Tenir la pression offrirait la possibilité aux gymnastes de se remettre rapidement après un échec ou une blessure à un agrès et de continuer la compétition :

«  Elle est solide pour rester debout après ce qu’elle vient de se faire », «  Malgré tout elle s’est battue, elle a tenu à participer aux championnats du Japon pour participer à ces Championnats du monde, elle a dû serrer les dents très très fort, mais elle voulait être là pour son agrès fort  » [39], « Il faut du mental pour se remettre dans le coup après la déception de la poutre [40]  ».

Au-delà d’avoir un mental à toute épreuve, la gymnaste idéale aurait également un physique d’athlète de haut niveau lui permettant de maîtriser sa prestation et de réaliser des exploits sportifs. Les commentaires sportifs ont mis en avant les qualités athlétiques et acrobatiques des gymnastes durant les retransmissions de compétitions sportives :

« Énormément athlétique, très dynamique, ce qui favorise l’enchainement des acrobaties, c’est ça aussi la gymnastique, faut mettre l’ambiance, faut que ça plaise, faut séduire [41]  », « Elle est solide, très solide […] elle enchaîne toutes les difficultés [42] », « Ce sont des gymnastes surentrainées, elles ont un potentiel d’explosivité qui est énorme, c’est à la fois mental et physique, il faut contrôler sa force, c’est le contrôle de la force dès l’impulsion et la réception [43] ».

La gymnaste idéale aurait «  un mouvement très explosif [44] », ce qui lui permettrait d’aller « très très haut dans l’air [45] » et d’effectuer des acrobaties «  extrêmement difficiles à réaliser [46] », avec « excellence [47] », « peu de fautes dans l’exécution [48] », « beaucoup de vitesse [49] », et de la « précision [50] ». Elle se distinguerait des autres concurrentes grâce à son mental d’acier, son physique surentrainé et sa maîtrise technique qui lui offriraient la possibilité d’être performante sur l’ensemble des agrès. En outre, remporter plusieurs médailles lors des Championnats du monde ferait de la gymnaste idéale une candidate potentiellement capable de remporter l’épreuve générale [51] lors de la compétition des compétitions ─ au-delà des championnats du monde (De Coubertin, 1972) ─ les Jeux olympiques :

« Elle a déjà pris trois médailles, c’est la grande dame de ces championnats du monde à Rotterdam », «  Championne du monde par équipe, championne du monde au concours général individuel, et vice-championne du monde au saut, aux asymétriques et au sol. Presque une médaille par agrès, ça prouve qu’elle est généraliste et qu’elle a le profil de championne olympique au concours général  » [52].

Néanmoins, si les qualités sportives (mentales et physiques) des gymnastes ont été saluées, les gymnastes les plus performantes réalisant des acrobaties spectaculaires ont été décrites comme étant exceptionnelles et leurs performances sportives ont été comparées aux « hommes » de leur discipline :

« Originalité puisque la gymnaste effectue une acrobatie en rotation avant, très peu commune chez les jeunes filles [53] », « Faut des qualités exceptionnelles pour effectuer ce genre de saut, on voit plutôt ça chez les garçons [54] », « Elles sont un peu comme les garçons aux barres parallèles ou au saut de cheval, elles dépassent les 16, quand on dépasse les 16 on part très haut [55]  », «  Elle a un programme de garçon [56] ».

Estimer que les gymnastes les plus acrobatiques et les plus performantes sont exceptionnelles et font comme les garçons a permis aux commentateurs sportifs [57] de respecter les catégories hégémoniques de classification instituées et de maintenir une hiérarchie entre les sexes : la performance sportive reste associée aux hommes selon la « valence de la différence des sexes » (Héritier, 1999).

Par ailleurs, si la gymnaste « idéale » a été définie comme sportive compétitive et combative, celle-ci devait surcompenser ces dispositions en performant une attitude traditionnellement assignée à la « féminité » en faisant preuve de sollicitude envers ses concurrentes. Les gymnastes ont été décrites comme étant parmi l’ensemble des sportives de haut niveau, celles qui feraient le plus preuve de fair-play et de solidarité entre elles durant les compétitions, à la dois dans la défaite comme dans la victoire :

« Un super tempérament, même dans la défaite  », « Combative avec bonne humeur  » [58], « Mustafina, elle ne s’intéresse même pas à sa note, elle est en train de parler de motiver sa copine [59] », «  Il n’y a qu’en gymnastique qu’on voit ça », « Il y a beaucoup de sports qui pourraient s’inspirer de ces demoiselles qui donnent vraiment une très très belle image de leur sport [60]  ».

Les images filmées ont également été dans ce sens, la caméra a montré les gymnastes se serrant chaleureusement la main à la fin de leur prestation, s’enlaçant pour se féliciter en cas de réussite ou au contraire, se consolant en cas d’échec. La déception sur le visage de certaines gymnastes a été soulignée par les journalistes et consultant·e·s sportifs et pointée comme un comportement négatif : « on n’a pas le sentiment que ce métal d’argent lui convient complètement [61] », « je crois que ça l’a énervée de ne pas être montée sur le podium de la poutre [62] ». Comme le disait Erving Goffman (Goffman, 2002 : 60) « les femmes peuvent bien être définies comme étant de moindre valeur que les hommes, mais c’est avec sérieux qu’elles sont néanmoins idéalisées, mythologisées, au travers de valeurs  ».

Les représentations télévisuelles de la gymnastique artistique étaient donc ambivalentes . D’un côté, elles donnaient à voir des gymnastes compétitives réalisant des exploits sportifs afin de remporter le plus de médailles possibles ; et de l’autre, elles les présentaient comme des femmes désintéressées, manifestant de l’attention à l’égard d’autrui, se montrant fair-play et solidaires avant tout. Ces contradictions soulignent l’usage ambivalent des stéréotypes dans le discours médiatique (Julliard, 2014) et les oppositions de sens véhiculées par les textes médiatiques concernant le genre des sportives (Zoonen, 1997). Cette représentation des gymnastes qui seraient plus fair-play et solidaires que les autres sportives contrebalançait avec les discours des commentateur-trices concernant les aptitudes mentales et physiques exceptionnelles dont faisaient preuve ces athlètes, et les renvoyaient à l’image idéalisée de la petite fille mignonne promue par la gymnastique artistique (Chisholm, 1999). En parallèle, des mythes circulaient au sujet des normes esthétiques physiques « idéales » à performer pour une gymnaste de haut niveau.

Gracieuse, souriante et jolie selon les normes de « féminité » occidentales

Les gymnastes en « représentations » lors des compétitions de haut niveau doivent se soumettre à une « présentation de soi » précise (Goffman, 1973) sous peine d’être sanctionnées par des discours répressifs et disciplinaires (Foucault, 1975). Les retransmissions de compétitions de la gymnastique artistique véhiculaient des mythes concernant les normes esthétiques à suivre pour faire partie de « l’idéal féminin » : avoir un maquillage impeccable, des cheveux longs attachés et tirés en arrière et un justaucorps coloré à manches longues. Les gymnastes transgressant cette norme ont été discréditées par les discours des journalistes et des consultant·e·s. La tenue d’une gymnaste ayant fait preuve d’originalité durant une compétition en étant vêtue d’un justaucorps asymétrique (avec une seule manche longue) a été dénigrée par la consultante et le journaliste sportif et les gymnastes qui concouraient en chaussettes ou avec des bandes portées aux chevilles jugées « trop » épaisses et donc « trop » visibles, ont été sanctionnées en raison de la non-conformité de leur tenue :

« Beaucoup de bandage aux chevilles chez les Chinoises. D’ailleurs les chevilles bandées de couleur chair sont obligatoires pour des raisons esthétiques [63] », « C’est marrant qu’elle travaille en chaussettes, c’est rare de voir ça, généralement on met des chaussons si on veut mettre quelque chose  [64] », « Je ne trouve pas ça très joli, ça coupe un peu la ligne des bras surtout quand on est au sol et à la poutre, ce n’est pas très beau, mais après c’est un style, on peut aimer  », « Justaucorps assez original avec une manche d’un côté pas de manche de l’autre, faudrait demander à la couturière, il y a peut-être un problème chez les Italiennes  » [65].

De plus, la grâce a été présentée comme un élément devant accompagner les performances athlétiques et acrobatiques des gymnastes et s’exprimerait plus particulièrement sur l’agrès phare de la discipline qu’est le sol (qui « allie le côté artistique et acrobatique [66] », « une sorte de Graal […] une victoire toujours particulière [67]  ») et qui nécessite d’introduire des éléments chorégraphiques. Les gymnastes les plus gracieuses ont été valorisées pour leur capacité à mettre « en valeur l’aspect chorégraphique [68] », leurs « qualités de danseuse [69] » et « d’expression [70] ». L’aspect chorégraphique offrirait la possibilité aux gymnastes de remporter des points durant les compétitions :

« Elle a su jouer en termes de chorégraphie avec les juges [71] », « La fameuse choré est tout aussi déterminante pour essayer de grappiller des dixièmes supplémentaires », « Très grande souplesse, très expressive pour impressionner les juges »  [72], « C’est gracieux, la différence de style par rapport à l’Américaine qui est hyper explosive, c’est à la fois le tempérament et le gabarit, elle pose plus, elle est vraiment sur une piste de danse, il y a de la chorégraphie, il y a de l’expression [73] ».

Par ailleurs, les gymnastes avaient l’injonction de rester souriantes en toutes circonstances sous peine d’être stigmatisées. En effet, en gymnastique artistique, l’effort physique doit s’effacer derrière le sourire indéfectible, qui n’en est pas moins présent et intense (Mennesson, 2005). Les athlètes n’affichant pas ce signe extérieur traditionnellement associé à la « fémininité » ont été disqualifiées par les commentateur·trices :

«  Je ne comprends pas pourquoi elle a le visage fermé [74] », « La seule chose qui pourrait leur être reprochée aux Américaines, c’est de ne pas sourire, après leur présentation elles pourraient se détendre [75]  ».

En parallèle, les gymnastes correspondant à cet idéal « féminin » en gymnastique artistique ─ tenue irréprochable, attitude gracieuse et souriante en toutes circonstances ─ ont été qualifiées de «  jolie [76] », « magnifique [77] » auraient « beaucoup de grâce, beaucoup d’expression artistique [78] » et seraient « dans l’esthétisme [79] » avec pour certaines « un port de tête de princesse [80] ». Cette stratégie de mise en avant des qualités dites « féminines » des gymnastes masque pour partie l’aspect athlétique de leur pratique (Barker-Ruchti, 2009). Cependant, seules les gymnastes dont le physique correspondait aux normes de féminité occidentales (blanches, minces, souriantes) ont été valorisées pour leur beauté, le genre croisant d’autres rapports de pouvoir tels que la classe ou la race (Dorlin, 2008). Ainsi, si les commentateur·trices ont souligné les qualités chorégraphiques et d’expressivités des athlètes chinoises, celles-ci n’ont jamais été qualifiées de jolies ou de gracieuses :

«  Tout le travail chorégraphique toujours très beau chez les Chinoises [81] », « Elles prennent ce côté chorégraphique très au sérieux  », « Elles s’entrainent avec des membres du ballet de Pékin qui est l’un des plus importants au monde » [82].

En parallèle, à partir de 2013, grâce à ses résultats sportifs, la gymnaste noire et issue d’un milieu populaire Simone Biles a réussi à se faire une place dans le monde historiquement blanc et bourgeois de la gymnastique artistique (Chisholm, 1999) comme ce fut le cas de Surya Bonaly dans le patinage artistique dans les années 1990. Ces sportives ont fait preuve de puissance d’agir en introduisant des représentations contre-hégémoniques dans leurs disciplines sportives respectives. Néanmoins, si les performances sportives de Surya Bonaly n’ont pas été récompensées à leur juste valeur [83] en raison de la transgression de cette sportive par rapport à « l’idéal féminin » promu par le patinage dans les années 1990 (Rauch, 2007), celles de Simone Biles furent vingt années plus tard gratifiées par de multiples médailles d’or aux Championnats du monde et aux Jeux olympiques. Cependant, la féminité de la gymnaste américaine Simone Biles a été dévaluée par les commentateur·trices. Simone Biles, qui est une femme noire, issue d’un milieu populaire, musclée, athlétique, acrobatique, a été décrite comme étant particulièrement performante pour une femme :

« On en parle même plus tellement, elle est forte, tellement elle est au-dessus  », « Il y a de l’originalité, il y a de l’acrobatie, il y a de la puissance  », « Elle pourrait recommencer, repartir, tellement elle a de l’énergie  », « Elle a éclaboussé de toute son énergie ces championnats du monde  » [84].

Au-delà d’être « trop » énergique et acrobatique pour incarner « l’idéal féminin » dans les représentations télévisuelles ─ ses performances sportives s’approchant trop de celles des hommes ─ Simone Biles affichait un visage sérieux et concentré à la fin de ses prestations. L’absence de sourire sur son visage lui a été reprochée par le journaliste sportif : « seul truc qu’on pourrait encore reprocher à Simone Biles, mais elle est encore jeune, elle va pouvoir apprivoiser tout cela, c’est qu’elle ne laisse pas transparaitre beaucoup d’émotions [85] ». À partir de 2014, Simone Biles s’est pliée aux standards de la gymnastique en étant particulièrement souriante, ce qui a été exposé dans les signes filmés qui ont réalisé des gros plans sur son visage et mentionné à l’intérieur des signes discursifs :

« Elle est toujours souriante, elle donne l’impression d’avoir une grande joie d’être là et ça fait plaisir », « Elle termine toujours avec le sourire, elle doit le commencer dans la deuxième rotation le sourire » [86].

Cependant, en raison de ses transgressions multiples, Simone Biles a été présentée comme étant moins « féminine » que les gymnastes correspondant aux normes de « féminité » occidentales par le journaliste sportif :

«  Il y a tout chez Larisa Iordache, il y a de l’acrobatie, il y a la beauté du geste et alors permettez-moi de le dire n’y voyez aucun propos tendancieux, mais en plus il y a une sorte de féminité qui n’est pas seulement liée à l’acrobatie, qu’on retrouve aussi chez Mustafina et peut-être un peu moins chez des gymnastes comme Simone Biles qui ont d’autres atouts bien évidemment, mais c’est vrai qu’elle est très complète cette jeune femme et quels mouvements, il y a eu vraiment de très très grosses difficultés et tout a été exécuté, tout a été plié, les pivots ont été parfaitement exécutés aussi [87]  ».

Les idéologies ethnoraciales véhiculées dans les médias occidentaux ont historiquement exclu les femmes noires et non-blanches du culte de « la vraie féminité » (Giddings, 1984). Comme le souligne Nancy Fraser, un aspect majeur du racisme est la construction autoritaire de normes qui privilégient des traits associés à la « blancheur » et s’accompagne du racisme culturel, c’est-à-dire de la dévalorisation systématique et de la dépréciation de tout ce qui est codé comme « noir » (Fraser, 2004).

 Conclusion

Des mythes concernant « l’idéal féminin » ont été véhiculés dans les retransmissions de compétition sportive de la gymnastique artistique entre 2005 et 2015. D’une part, la gymnaste « idéale » a été représentée en tant que jeune femme adulte expérimentée, âgée de 18 à 19 ans qui aurait conservé une morphologie enfantine (1m45 pour 35 kg), qui serait parfaite pour remporter les compétitions. D’autre part, la gymnaste idéale a été dépeinte en tant que sportive compétitive, dynamique et acrobatique, mais moins que les garçons (sauf à devenir une figure d’exception) afin de maintenir « la valence de la différence des sexes  » selon laquelle les hommes seraient plus performants que les femmes (Héritier, 1999). De plus, la gymnaste « idéale » serait de bonne humeur en toute circonstance, malgré la difficulté des épreuves et des enjeux compétitifs et ferait preuve de fair-play et de solidarité avec ses concurrentes avant tout. Enfin, la gymnaste « idéale » devrait performer le genre « féminin » en respectant les normes esthétiques de la gymnastique artistique (maquillage, cheveux tirés à quatre épingles, justaucorps moulant et coloré à manches longues) tout en étant gracieuse, souriante et jolie selon les normes de « féminité » occidentales.

Si aucune étude n’avait été menée en France au sujet des représentations télévisuelles de la gymnastique artistique, les résultats de notre analyse socio-sémiotique vont dans le sens des recherches menées par Ann Chisholm (1999, 2002) aux États-Unis qui montraient que les gymnastes étaient décrites dans les médias comme des sportives gracieuses, au physique enfantin qui réalisaient des acrobaties spectaculaires tout en faisant preuve de qualités dites « féminines » dans leur approche du sport. De plus, à l’instar des représentations télévisuelles des femmes sportives de haut niveau dans d’autres disciplines, les aptitudes physiques des gymnastes étaient comparées à celles des hommes et décrites comme étant moins spectaculaires, et le physique des sportives qui s’éloignaient des normes de « féminités » occidentales était stigmatisé (Lapeyroux, 2020). Enfin, si nous avons fait le choix dans cette étude d’extraire les mythes concernant « l’idéal féminin » qui circulaient au sujet des gymnastes sur une période de dix années de manière synchronique, il pourrait être intéressant de reproduire la même recherche, sur la même période, avec une approche diachronique, afin de saisir les moments de ruptures et les discontinuités dans les représentations genrées de la gymnastique artistique des femmes.

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Notes

[1] Parmi les principales approches, une gymnastique patriotique militaire impulsée par le colonel Francisco Amoros puis développée par l’école de Joinville, valorisant courage, discipline et nationalisme. Une gymnastique rationnelle, introduite par Georges Demeny qui a fait naître le paradigme de biomécanique. Une gymnastique médicale portée par la méthode naturelle de Georges Hébert centrée sur la régénération de la population.

[2] La gymnastique tire ses racines des concours athlétiques de l’Antiquité et a été remise au goût du jour au XIXe siècle sous une forme moderne.

[3] Un agrès est un appareil utilisé en gymnastique artistique (anneaux, barres, cheval d’arçons, table de saut, poutre et sol).

[4] Le cerceau, le ballon, les massues, le ruban et la corde.

[5] Centre d’études olympiques, Gymnastique : histoire de la gymnastique artistique aux Jeux olympiques. Introduction, étapes clés et évolution du nombre d’épreuves depuis les débuts de cette discipline jusqu’à aujourd’hui, mars 2015. https://stillmed.olympic.org/AssetsDocs/OSC%20Section/pdf/QR_sports_summer/Sports_Olympiques_gymnastique_artistique_fre.pdf

[6] Site de la Fédération Française de Gymnastique https://www.ffgym.fr/La_FFGYM/Les_disciplines/Gymnastique_Artistique_Feminine.

[7] Site de la Fédération Française de Gymnastique https://www.ffgym.fr/La_FFGYM/Les_disciplines/Gymnastique_Artistique_Masculine.

[8] C’est un vêtement élastique qui permet d’épouser les formes du gymnaste.

[9] INJEP, les chiffres clés du sport, 2020.

[10] Nous avons consulté les retransmissions de compétitions à l’Inathèque qui est le service de consultation des archives audiovisuelles de l’INA, et des fonds du dépôt légal de l’audiovisuel français.

[11] Selon Danièle Kergoat, le rapport social est au départ une tension qui traverse le champ social. Cette tension érige certains phénomènes sociaux en enjeux autour desquels se constituent des groupes aux intérêts antagoniques, dans notre cas, les groupe des hommes et celui des femmes.

[12] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2009, finales, 24/10/2009.

[13] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 24/10/2010.

[14] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 11/10/2014.

[15] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 23/10/2010.

[16] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 28/11/2005.

[17] L’âge minimal pour participer aux compétitions de haut niveau est de 16 ans.

[18] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 28/11/2005.

[19] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2007, finales, 02/10/2006.

[20] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 26/11/2005.

[21] Eurosport, gymnastique artistique. Jeux Olympiques 2008, finales, 17/08/2008.

[22] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 23/10/2010.

[23] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2011, finales, 16/10/2011.

[24] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 24/10/2010.

[25] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 10/12/2014.

[26] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 26/11/2005.

[27] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 28/11/2005.

[28] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2007, finales, 02/10/2006.

[29] Eurosport, gymnastique artistique. Jeux Olympiques de 2008, finales, 17/08/2008.

[30] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2013, finales, 06/10/2013.

[31] Eurosport, gymnastique artistique. Jeux Olympiques 2008, finales, 17/08/2008.

[32] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2009, finales, 16/10/2009.

[33] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 23/10/2010.

[34] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2011, finales, 16/10/2011.

[35] France 2, gymnastique artistique. Jeux Olympiques de 2012, finales, 07/08/2012.

[36] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 26/11/2005.

[37] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2007, finales, 02/10/2006.

[38] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2011, finales, 16/10/2011.

[39] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2011, finales, 15/10/2011.

[40] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 11/10/2014.

[41] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 28/11/200.

[42] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2011, finales, 16/10/2011.

[43] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 11/10/2014.

[44] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2006, finale, 22/10/2006.

[45] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finale, 28/11/2005.

[46] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2013, finale, 06/10/2013.

[47] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 10/12/2014.

[48] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2007, finales, 02/10/2006.

[49] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 23/10/2010.

[50] France 2, gymnastique artistique. Jeux Olympiques de 2012, finales, 07/08/2012.

[51] L’épreuve générale combine l’ensemble des agrès.

[52] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 24/10/2010.

[53] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 28/11/2005.

[54] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2006, finales, 21/10/2006.

[55] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 23/10/2010.

[56] France 2, gymnastique artistique. Jeux Olympiques 2012, finales, 07/08/2012.

[57] Seuls les hommes journalistes et consultants ont tenu ce genre de propos.

[58] Eurosport, gymnastique artistique. Jeux Olympiques 2008, finales, 19/08/2008.

[59] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 23/10/2010.

[60] Sport +, gymnastique. Championnat du monde 2014, finales, 11/11/2014.

[61] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 23/10/2010.

[62] France 2, gy ffafmnastique artistique. Jeux Olympiques 2012, finales, 07/08/2012.

[63] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2007, finales, 02/10/2006.

[64] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 24/10/2010.

[65] France 2, gymnastique artistique. Jeux Olympiques 2012, finales, 07/08/2012.

[66] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 24/10/2010.

[67] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 24/10/2010.

[68] Eurosport, gymnastique artistique. Jeux Olympiques 2008, finales, 17/08/2008.

[69] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 28/11/2005.

[70] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 24/10/2010.

[71] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2010, finales, 24/10/2010.

[72] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2007, finale, /10/2006.

[73] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 10/12/2014.

[74] Eurosport, gymnastique. Championnat du monde 2005, finales, 28/11/2005.

[75] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2009, finales, 18/10/2009

[76] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, 28/11/2005.

[77] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 10/12/2014.

[78] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2005, finales, le 28/11/2005.

[79] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 11/10/2014.

[80] Sport +, gymnastique. Championnat du monde 2014, finales, 10/12/2014.

[81] Eurosport, gymnastique artistique. Championnat du monde 2006, finales, 22/10/2006.

[82] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2009, finales, 18/10/2010.

[83] Elle n’a jamais remporté un Championnat du monde ou les Jeux olympiques.

[84] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 11/10/2014.

[85] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2013, finales, 05/10/2013.

[86] Sport +, Gymnastique. Championnat du monde 2014, finales, 11/10/2014, 7h32.

[87] Sport +, gymnastique artistique. Championnat du monde 2014, finales, 11/10/2014.

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Pour citer l'article


Lapeyroux Natacha, « Représentations télévisuelles de « l’idéal féminin » au sein des retransmissions de compétitions de la gymnastique artistique en France », dans revue ¿ Interrogations ?, N°33. Penser les représentations de l’ « idéal féminin » dans les médias contemporains, décembre 2021 [en ligne], https://revue-interrogations.org/Representations-televisuelles-de-l (Consulté le 17 mai 2022).



ISSN électronique : 1778-3747

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